Personnalité
Des tendances qui nous ressemblent, et qui évoluent
On dit volontiers de quelqu'un qu'il est « calme », « curieux » ou « réservé ». Ces mots décrivent la personnalité : une façon relativement stable de penser, de ressentir et d'agir, qui se retrouve d'une situation à l'autre. Relativement stable, mais pas figée. La personnalité se décrit en tendances, chacune avec ses forces, et elle continue d'évoluer tout au long de la vie.
Tempérament et caractère
La personnalité se construit à partir de deux sources qui s'entremêlent. Le tempérament, c'est la part avec laquelle on arrive au monde : un bébé plutôt calme ou plutôt vif, plus ou moins sensible aux bruits, aux changements, à la nouveauté. Les psychiatres Alexander Thomas et Stella Chess l'ont observé dès les années 1950 en suivant des enfants de la naissance à l'âge adulte.
Le caractère, lui, se façonne au fil des relations et des expériences : ce que l'on a appris sur soi et sur les autres, les façons de faire qui ont été encouragées, ou qui ont permis de s'adapter (voir les styles d’attachement). Ce qui nous définit tient donc autant à notre histoire qu'à notre nature.
Les cinq grands traits
Le modèle le plus étudié en psychologie décrit la personnalité à travers cinq grandes dimensions, souvent appelées le « Big Five ». Il est né d'une idée simple : si une caractéristique compte dans la vie des gens, la langue a forcément un mot pour la dire. En regroupant les milliers d'adjectifs qui décrivent les personnes, les chercheurs ont retrouvé, dans de nombreuses langues et cultures, les mêmes cinq grandes familles.
Chaque dimension est un continuum, et non une case : la plupart des personnes se situent quelque part entre les deux pôles, et chaque pôle a ses forces.
- L'ouverture : d'un côté la curiosité, l'imagination, le goût des idées et de l'art ; de l'autre le sens du concret, l'attachement aux repères et à ce qui a fait ses preuves.
- L'organisation (les chercheurs disent « conscience ») : d'un côté la persévérance, la rigueur, le sens des responsabilités ; de l'autre la souplesse et la spontanéité.
- L'extraversion : d'un côté une énergie tournée vers les autres et l'action ; de l'autre une énergie tournée vers l'intérieur, qui se ressource dans le calme. L'introversion n'est pas de la timidité.
- La coopération (les chercheurs disent « agréabilité ») : d'un côté la confiance, l'empathie, le goût de l'harmonie ; de l'autre l'esprit critique, la franchise, la capacité à défendre son point de vue.
- La sensibilité émotionnelle (les chercheurs disent « névrosisme », un terme ancien et peu heureux) : d'un côté des émotions vives et une vigilance aux signaux de danger ; de l'autre le calme et la stabilité face aux tensions.
Un questionnaire court : mes grandes tendances
Ce questionnaire de dix affirmations est la version française du Big Five Inventory à 10 items (BFI-10), validée en 2020 auprès de plus de 13 000 personnes. Il demande environ une minute. À la fin, vos réponses dessinent un graphique en araignée : chaque branche correspond à une dimension, du centre (1) au bord (5). La forme obtenue donne des tendances. Elle ne vous enferme pas dans un profil, et elle peut changer selon la période que vous traversez.
Questionnaire · 10 affirmations · environ 1 minute
Avant de commencer
- Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse : répondez selon ce que vous êtes en général, pas aujourd'hui seulement.
- Le résultat donne des tendances, pas un portrait figé : chaque pôle a ses forces.
- Vos réponses restent sur votre appareil : rien n'est enregistré ni envoyé.
Indiquez dans quelle mesure vous êtes d'accord avec chaque affirmation. « Je me vois comme quelqu'un qui… »
Vos tendances
Voici la forme de votre profil. Chaque branche va de 1 (centre) à 5 (bord).
Ce questionnaire donne des observations, et non un résultat officiel : il n'a pas été interprété par un professionnel. Ses résultats sont indicatifs, pour commencer à mieux vous connaître. Avec deux affirmations par dimension, il donne un aperçu, pas une mesure précise, et votre profil peut varier selon la période de vie, le stress ou le contexte.
Big Five Inventory à 10 items (BFI-10), Rammstedt et John (2007). Version française : Courtois et al. (2020).
Pour une évaluation plus fine, il existe des versions longues, que l'on peut passer et commenter ensemble en consultation.
Trait de personnalité ou adaptation ?
Certaines façons d'être, que l'on prend pour « son caractère », sont parfois des stratégies qui se sont mises en place pour s'adapter à un environnement difficile. Elles ont été utiles, et elles continuent souvent d'agir, même lorsque le contexte a changé :
- Être toujours sur le qui-vive, inquiet·e, peut ressembler à une forte sensibilité émotionnelle, alors qu'il s'agit d'un système nerveux resté en alerte (voir l'hypervigilance).
- S'effacer, dire oui, éviter le conflit peut ressembler à une grande coopération, alors qu'il s'agit d'une façon de préserver le lien (voir l'affirmation de soi).
- Tout prévoir, tout contrôler peut ressembler à un grand sens de l'organisation, alors qu'il s'agit d'une façon de ne plus être pris·e au dépourvu.
- Se tenir à distance des autres peut ressembler à de l'introversion, alors qu'il s'agit d'une protection apprise (voir l'attachement évitant).
Ces stratégies se comprennent à la lumière de ce que l'on a vécu. On peut les voir comme des parts de soi, qui ont pris un rôle protecteur (voir l'IFS), ou comme des schémas appris tôt, qui se réactivent dans certaines situations (voir pourquoi répète-t-on les mêmes schémas). Les distinguer d'un trait de tempérament change beaucoup de choses : une adaptation peut s'assouplir quand la sécurité revient.
Trois questions pour faire la différence
- Suis-je comme cela partout, avec tout le monde, ou surtout dans certaines situations ou certaines relations ?
- Est-ce que cela me ressemble, ou est-ce que cela me coûte, m'épuise ?
- Ai-je toujours été ainsi, ou est-ce apparu après une période ou une relation difficile ?
Il n'y a pas de bonne réponse. Ces questions aident simplement à regarder ses tendances avec curiosité, plutôt qu'à s'y résumer.
La personnalité évolue
On a longtemps pensé que la personnalité était fixée à l'âge adulte. Les recherches montrent l'inverse. En moyenne, avec les années, les personnes deviennent plus organisées, plus coopératives et plus stables émotionnellement : c'est ce que le chercheur Brent Roberts et ses collègues ont observé en réunissant des dizaines d'études qui suivent les mêmes personnes au fil du temps.
La thérapie participe aussi à ce mouvement. En 2017, une revue de plus de 200 études a montré que les accompagnements psychologiques s'accompagnent de changements de personnalité mesurables, surtout du côté de la stabilité émotionnelle, et que ces changements se maintiennent dans le temps. Ce que l'on prenait pour « sa nature » peut donc évoluer.
Ce que ce n'est pas
- Un type ou une étiquette. Les tests qui classent en catégories, comme le MBTI ou l'ennéagramme, sont populaires, mais leurs résultats sont peu fiables : on peut changer de « type » d'une passation à l'autre. Le Big Five décrit des degrés, et non des cases.
- Un jugement. Aucun profil n'est meilleur qu'un autre : chaque tendance a ses forces et ses coûts, selon les situations.
- Un diagnostic. Les « troubles de la personnalité » sont des diagnostics posés par un professionnel, après une évaluation approfondie. Un questionnaire en ligne ne peut ni les repérer ni les écarter.
Mon accompagnement
Comprendre sa personnalité, c'est souvent découvrir ce qui relève de soi et ce qui relève de l'adaptation. J'accompagne ce travail avec la LI-ICV, qui permet de revisiter les représentations de soi construites au fil de l'histoire, en m'appuyant sur l'IFS comme axe de compréhension des parts de soi. L'objectif n'est pas de changer qui vous êtes, mais de retrouver de la souplesse là où une stratégie ancienne prend encore trop de place.
Questions fréquentes
Peut-on changer de personnalité ?
Les traits de fond restent assez stables, mais ils évoluent au fil de la vie, des relations et du travail sur soi. Ce qui change le plus facilement, ce sont les façons de faire apprises pour s'adapter.
Être introverti, est-ce un problème ?
Non. L'introversion décrit d'où l'on tire son énergie : plutôt du calme et des moments à soi. Ce n'est ni de la timidité ni un manque d'intérêt pour les autres.
Personnalité et hypersensibilité, quel lien ?
La haute sensibilité recoupe en partie la sensibilité émotionnelle et l'ouverture du Big Five, mais elle décrit surtout une façon de percevoir et de traiter finement les informations (voir l'hypersensibilité).
Sources
- McCrae, R. R., & John, O. P. (1992). An introduction to the five-factor model and its applications. Journal of Personality, 60(2), 175-215.
- Rammstedt, B., & John, O. P. (2007). Measuring personality in one minute or less: A 10-item short version of the Big Five Inventory in English and German. Journal of Research in Personality, 41(1), 203-212.
- Courtois, R., Petot, J.-M., Plaisant, O., Allibe, B., Lignier, B., Réveillère, C., Lecocq, G., & John, O. (2020). Validation française du Big Five Inventory à 10 items (BFI-10). L'Encéphale, 46(6), 455-462.
- Pittenger, D. J. (2005). Cautionary comments regarding the Myers-Briggs Type Indicator. Consulting Psychology Journal: Practice and Research, 57(3), 210-221.
- Thomas, A., & Chess, S. (1977). Temperament and Development. New York : Brunner/Mazel.
- Roberts, B. W., Walton, K. E., & Viechtbauer, W. (2006). Patterns of mean-level change in personality traits across the life course: A meta-analysis of longitudinal studies. Psychological Bulletin, 132(1), 1-25.
- Roberts, B. W., Luo, J., Briley, D. A., Chow, P. I., Su, R., & Hill, P. L. (2017). A systematic review of personality trait change through intervention. Psychological Bulletin, 143(2), 117-141.
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