Mémoire traumatique

Quand le passé revient comme s'il était présent


Un souvenir ordinaire est fait, lui aussi, de sensations, d'émotions et d'une scène. Mais il est intégré : il est daté, et rangé dans notre mémoire autobiographique, celle de notre histoire. On sait qu'il appartient au passé. Le souvenir traumatique, lui, n'est pas intégré. Il se manifeste dans le corps et surgit dans le présent avec la même intensité que dans le passé : la personne revit la scène. C'est l'une des marques du stress post-traumatique.

Comment un souvenir traumatique s'enregistre

Lors d'un événement traumatique, l'alarme du cerveau est si forte que l'hippocampe, qui range habituellement les souvenirs dans le temps et dans l'espace, ne peut pas faire son travail. Le souvenir reste alors morcelé, sensoriel, sans le repère du « c'était avant ». S'il continue à se manifester, c'est parce que notre cerveau cherche justement à le résoudre, à l'intégrer, et reste en échec. Il peut être réactivé par un déclencheur : une odeur, un bruit, un lieu, une date, un ton de voix, parfois sans que l'on fasse le lien.

Ce que l'on peut vivre

  • Des images ou des sensations qui s'imposent, de jour comme de nuit (cauchemars).
  • Des émotions ou des réactions du corps intenses, sans souvenir précis associé.
  • L'impression de revivre la scène (flash-back).
  • À l'inverse, des trous de mémoire sur une période ou un événement.

L'amnésie traumatique

Il arrive qu'une partie ou la totalité d'un événement traumatique devienne inaccessible à la mémoire, parfois pendant des années. Cette amnésie est liée à la dissociation : le système nerveux met à distance ce qui était trop difficile à vivre. Elle est reconnue dans les classifications internationales, sous le nom d'amnésie dissociative. Des souvenirs peuvent revenir plus tard, souvent déclenchés par un événement de vie ou un rappel sensoriel.

Toute mémoire se reconstruit à chaque rappel. C'est pourquoi, en thérapie, je ne suggère jamais de souvenirs : nous travaillons avec ce qui se présente, à votre rythme, sans chercher à combler les vides à tout prix.

Un repère au quotidien : c'était avant

  • Repérer ses déclencheurs, par exemple dans un carnet : ce qui s'est passé juste avant que l'émotion monte.
  • Se dire une phrase d'ancrage neutre : « C'était avant. Aujourd'hui, je suis ici, et je suis en sécurité. »
  • Revenir aux sens et à ses appuis, avec l'ancrage 5-4-3-2-1.

Mon accompagnement

La LI-ICV s'appuie sur une ligne du temps de souvenirs, parcourue de façon répétée : elle aide le système nerveux à replacer chaque moment à sa place dans l'histoire, et à intégrer que le passé est passé. Le travail se fait pas à pas, après avoir construit des appuis suffisants pour ne pas être submergé.

Questions fréquentes

  • Peut-on oublier un trauma ?

    Oui, en partie ou en totalité, parfois pendant longtemps. C'est un mécanisme de protection lié à la dissociation, reconnu sous le nom d'amnésie dissociative.

  • Faut-il se souvenir de tout pour aller mieux ?

    Non. Ce qui compte, ce n'est pas de retrouver chaque détail, mais que ce qui a été vécu cesse de revenir comme au présent.

  • Pourquoi mon corps réagit-il sans que je me souvienne ?

    Le corps peut garder la trace d'une expérience sous forme de sensations ou d'émotions, même lorsque le récit n'est pas accessible. Ces réactions ont un sens, et elles peuvent s'apaiser.

Sources

  • van der Kolk, B. A., & Fisler, R. (1995). Dissociation and the fragmentary nature of traumatic memories: Overview and exploratory study. Journal of Traumatic Stress, 8(4), 505-525.
  • Brewin, C. R. (2014). Episodic memory, perceptual memory, and their interaction: Foundations for a theory of posttraumatic stress disorder. Psychological Bulletin, 140(1), 69-97.
  • American Psychiatric Association (2013). DSM-5 : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (5e éd.), amnésie dissociative.

Consultation : 1 h, 70 €, en ligne.

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