Styles d'attachement
Comprendre ses liens, de l'enfance à l'âge adulte
La théorie de l'attachement, développée par John Bowlby puis complétée par Mary Ainsworth, décrit comment les premiers liens avec les figures qui prennent soin de l'enfant façonnent sa manière de se sentir en sécurité et d'entrer en relation. Ces premières expériences donnent naissance à des styles d'attachement, qui continuent d'influencer nos relations à l'âge adulte.
Qu'est-ce que l'attachement ?
L'attachement est un besoin fondamental : dès la naissance, le bébé cherche la proximité d'une personne qui le protège et le réconforte, sa figure d'attachement. Lorsque cette personne répond de façon suffisamment fiable, elle devient une base de sécurité, à partir de laquelle l'enfant ose explorer le monde, et un refuge, vers lequel il revient quand il a peur. De ces expériences répétées, l'enfant tire des représentations de lui-même (« je mérite qu'on prenne soin de moi ») et des autres (« on peut compter sur eux »), que Bowlby appelait les modèles internes opérants. Ce sont eux qui continuent d'influencer nos relations à l'âge adulte.
Les styles d'attachement
L'attachement sécure
Vous vous sentez à l'aise dans la proximité comme dans l'autonomie. Vous pouvez demander de l'aide, faire confiance et supporter la séparation sans vous sentir menacé.
L'attachement anxieux (ou ambivalent)
Lorsque la présence des figures d'attachement a été imprévisible, l'enfant apprend à intensifier ses signaux pour être entendu. À l'âge adulte, cela peut se traduire par la peur d'être abandonné, un besoin fréquent de réassurance et une grande sensibilité aux signes de rejet.
L'attachement évitant
Lorsque les besoins de réconfort ont souvent été repoussés, l'enfant apprend à ne plus les montrer. À l'âge adulte, cela peut se traduire par une grande autonomie, une difficulté à exprimer ses émotions ou à demander de l'aide, et un malaise face à la proximité.
L'attachement désorganisé
Décrit plus tard par Mary Main et Judith Solomon, il apparaît lorsque la figure censée protéger est aussi source de peur. L'enfant se trouve face à un dilemme sans solution : se rapprocher de ce qui l'effraie. À l'âge adulte, cela peut se traduire par des relations vécues comme chaotiques, une alternance entre besoin de l'autre et fuite, et des difficultés à réguler ses émotions. Ce style est souvent associé au trauma complexe.
Un style préférentiel, mais pas une étiquette
Les conceptions actuelles de la théorie de l'attachement insistent sur un point : nous avons souvent un style d'attachement préférentiel, mais aussi des styles différents selon les personnes que nous côtoyons et selon l'environnement : on peut se sentir en sécurité avec un ami et beaucoup plus insécure dans une relation amoureuse ou au travail. Ce ne sont pas des étiquettes figées, mais des tendances qui continuent d'influencer les relations à l'âge adulte, sans les déterminer.
Style insécure ou trouble de l'attachement : ce que c'est, ce que ce n'est pas
Avoir un style d'attachement insécure n'est pas une maladie : c'est une façon de s'adapter, apprise dans l'enfance, qui a eu sa raison d'être. Les « troubles de l'attachement », au sens médical, désignent autre chose : des diagnostics posés chez l'enfant ayant vécu des carences graves de soins, comme le trouble réactionnel de l'attachement.
Comment ça se manifeste à l'âge adulte
- La peur d'être abandonné ou rejeté, et le besoin d'être rassuré souvent.
- À l'inverse, une grande difficulté à dépendre des autres, à demander de l'aide ou à laisser quelqu'un s'approcher.
- Des relations qui se répètent selon les mêmes schémas, dans le couple, en amitié ou au travail.
- Une difficulté à vous sentir en sécurité, même dans une relation stable.
- Une image de vous-même fragile : le sentiment de ne pas compter, de ne pas mériter l'attention des autres.
Ces tendances se rejouent souvent dans les relations actuelles, y compris dans la relation thérapeutique, qui devient alors un lieu où les comprendre et les faire évoluer.
Attachement et trauma complexe
Le trauma complexe est souvent associé à un style d'attachement insécure, lorsqu'il trouve son origine dans la relation avec les figures qui prennent soin de l'enfant.
Mon accompagnement
J'accompagne les difficultés liées à l'attachement avec la LI-ICV. C'est un travail profond, qui peut prendre du temps, pour faire évoluer les croyances, les représentations et les perceptions d'une personne.
Questions fréquentes
Peut-on changer de style d'attachement ?
Le style d'attachement est une tendance, pas une prédiction : quel que soit le point de départ, il est possible de construire progressivement des liens plus sécures, y compris avec le thérapeute.
Mon style d'attachement vient-il uniquement de mes parents ?
Non. D'autres figures comptent (grands-parents, fratrie, professionnels qui ont pris soin de vous), tout comme votre tempérament, les événements de vie et les relations nouées plus tard, y compris à l'âge adulte.
Comment savoir quel est mon style d'attachement ?
Il existe des questionnaires, mais ils donnent surtout une indication. Une évaluation en consultation permet de mieux comprendre votre façon d'être en relation, en tenant compte de votre histoire et des différents liens de votre vie.
Sources
- Bowlby, J. (1969). Attachment and Loss. Vol. 1 : Attachment. New York : Basic Books.
- Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (1978). Patterns of Attachment. Hillsdale : Erlbaum.
- Main, M., & Solomon, J. (1990). Procedures for identifying infants as disorganized/disoriented during the Ainsworth Strange Situation. In M. T. Greenberg, D. Cicchetti & E. M. Cummings (dir.), Attachment in the Preschool Years. Chicago : University of Chicago Press.
- Hazan, C., & Shaver, P. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. Journal of Personality and Social Psychology, 52(3), 511-524.
- Guédeney, N., & Guédeney, A. (dir.) (2021). L'attachement : approche théorique. Du bébé à la personne âgée (5e éd.). Paris : Elsevier Masson.
- Smith, J. (2024). Applications cliniques en ICV (Intégration du Cycle de la Vie). Trauma, dissociation, troubles anxieux, traumatismes précoces, attachement et affirmation de soi. Paris : Dunod.
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