Honte et culpabilité

Deux émotions qui pèsent, et qui peuvent s'apaiser


La honte et la culpabilité sont des émotions humaines. Elles ont une utilité : nous aider à vivre avec les autres et à réparer nos erreurs. Mais elles peuvent aussi devenir envahissantes, notamment après des expériences difficiles, au point de peser sur l'estime de soi, les relations et l'envie de demander de l'aide.

Deux émotions différentes

La psychologue June Tangney propose une distinction simple :

  • La culpabilité porte sur un acte : « j'ai fait quelque chose de mal ». Elle pousse plutôt à réparer, à s'excuser, à changer de comportement.
  • La honte porte sur soi : « je suis mauvais·e », « je ne vaux rien ». Elle pousse plutôt à se cacher, à se taire, à se replier.

Les deux ont une utilité. La honte, elle aussi, n'est pas que négative : elle aide à repérer ce qui va à l'encontre de nos valeurs, de nos principes et de notre éducation. L'identifier et la nommer permet de corriger ce vécu. Elle devient pesante lorsqu'elle s'installe durablement et finit par porter sur toute la personne.

Pourquoi elles suivent souvent un trauma

Après un événement difficile, il est très fréquent de se sentir coupable ou honteux, même lorsqu'on n'est pas responsable du comportement des autres. Plusieurs raisons à cela :

  • Se sentir coupable donne une illusion de contrôle : « si c'est de ma faute, j'aurais pu l'empêcher », ce qui est parfois moins effrayant que l'impuissance.
  • On juge le passé avec ce que l'on sait aujourd'hui, en oubliant ce que l'on savait, ressentait et pouvait faire sur le moment.
  • Les réactions automatiques du corps (se figer, se soumettre, ne pas réagir) sont souvent vécues comme une faute, alors qu'elles sont des réponses de protection du système nerveux, qui ne se choisissent pas (voir la théorie polyvagale).
  • Des messages reçus dans l'enfance peuvent avoir appris à se sentir responsable de tout (voir le trauma de l'enfance).

La culpabilité du survivant

Après un événement où d'autres ont souffert davantage, on peut se sentir coupable d'avoir été épargné, ou d'avoir « moins » souffert. Cette culpabilité est fréquente et compréhensible. Elle mérite d'être accueillie, sans être prise pour une vérité.

La honte qui fait taire

La honte pousse au silence. Elle retarde souvent le moment de parler, de consulter, de demander de l'aide, et c'est précisément ce silence qui l'entretient. Elle est aussi très présente dans les addictions, où elle alimente le besoin de se soulager. Mettre des mots sur la honte, dans un espace sans jugement, est souvent la première étape pour qu'elle perde de sa force.

L'autocompassion, un appui

L'autocompassion, décrite par Kristin Neff, consiste à se traiter avec la même bienveillance que l'on offrirait à un ami en difficulté. Elle repose sur trois éléments : la bienveillance envers soi, le sentiment de partager une expérience humaine commune, et la pleine conscience de ce que l'on ressent. Elle ne revient pas à tout excuser : elle permet de regarder ses erreurs sans s'écraser.

Aperçu de la fiche : me parler comme à un ami

Me parler comme à un ami

Une fiche pour s'exercer à s'adresser à soi avec bienveillance.

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Mon accompagnement

En séance, nous accueillons la honte et la culpabilité sans les juger, pour comprendre d'où elles viennent et ce qu'elles protègent. Avec la LI-ICV et l'éclairage de l'IFS, il devient possible de regarder le passé avec un regard d'adulte, plus juste et plus doux.

Questions fréquentes

  • Je sais que ce n'est pas de ma faute, mais je me sens quand même coupable. Pourquoi ?

    Parce que la culpabilité ne se situe pas seulement dans la pensée : elle est aussi émotionnelle et corporelle. Le savoir est une première étape ; le ressentir demande souvent plus de temps, et un travail qui passe aussi par le corps.

  • La honte peut-elle disparaître ?

    Elle peut beaucoup s'apaiser, surtout quand elle est partagée dans une relation sécurisante. Ce qui est dit sans être jugé perd souvent de son poids.

Sources

  • Tangney, J. P., & Dearing, R. L. (2002). Shame and Guilt. New York : Guilford Press.
  • Lee, D. A., Scragg, P., & Turner, S. (2001). The role of shame and guilt in traumatic events: A clinical model of shame-based and guilt-based PTSD. British Journal of Medical Psychology, 74(4), 451-466.
  • Kubany, E. S., & Watson, S. B. (2003). Guilt: Elaboration of a multidimensional model. The Psychological Record, 53(1), 51-90.
  • Neff, K. D. (2003). Self-compassion: An alternative conceptualization of a healthy attitude toward oneself. Self and Identity, 2(2), 85-101.
  • Gilbert, P. (2009). The Compassionate Mind. Londres : Constable.

Consultation : 1 h, 70 €, en ligne.

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