Addictions
Comprendre ce que la consommation apaise, pour changer à son rythme
On parle d'addiction lorsqu'une consommation ou un comportement échappe à son contrôle et se poursuit malgré ses effets négatifs sur la santé, les relations ou le quotidien. Une addiction n'est pas un manque de volonté : c'est une stratégie que notre cerveau a trouvée, à un moment donné, pour se réguler émotionnellement.
Avec ou sans substance
- Les addictions aux substances : alcool, tabac, cannabis, médicaments, autres drogues.
- Les addictions comportementales : jeux d'argent, jeux vidéo, écrans, achats, travail, sport…
- Les troubles du comportement alimentaire, qui relèvent à la fois du comportement et de l'alimentation.
- La pornographie, une addiction particulière (voir plus bas).
Les critères de l'addiction selon Aviel Goodman
En 1990, le psychiatre américain Aviel Goodman a proposé une définition de l'addiction qui s'applique aussi bien aux substances qu'aux comportements :
AL'impossibilité de résister à l'impulsion de s'engager dans le comportement.
BUne sensation croissante de tension juste avant de commencer.
CDu plaisir ou un soulagement pendant le comportement.
DUne sensation de perte de contrôle pendant le comportement.
EAu moins cinq des neuf critères suivants :
- être fréquemment préoccupé par le comportement ou par sa préparation ;
- des épisodes plus intenses ou plus longs que prévu ;
- des efforts répétés pour réduire, contrôler ou arrêter ;
- beaucoup de temps passé à préparer les épisodes, à s'y livrer ou à s'en remettre ;
- des épisodes fréquents au moment d'obligations professionnelles, scolaires, familiales ou sociales ;
- des activités importantes abandonnées ou réduites à cause du comportement ;
- la poursuite du comportement malgré la conscience des problèmes qu'il cause ou aggrave ;
- le besoin d'augmenter l'intensité ou la fréquence pour obtenir le même effet ;
- de l'agitation ou de l'irritabilité lorsqu'il est impossible de s'y livrer.
FCertains de ces éléments durent depuis plus d'un mois ou se répètent sur une longue période.
Ces critères aident à repérer une addiction ; le diagnostic se fait en consultation.
Une stratégie de régulation
Beaucoup de personnes consomment d'abord pour se soulager : calmer une angoisse, éteindre des émotions trop fortes, dormir, oublier, se sentir moins seul. Le psychiatre Edward Khantzian a décrit cette fonction d'apaisement sous le nom d'« automédication ». Avec la répétition, le cerveau associe la consommation au soulagement, et l'envie revient dès que la tension monte.
Les addictions sont fréquemment liées à des expériences difficiles ou traumatiques, en particulier dans l'enfance (voir le trauma complexe). La consommation peut alors aider à réguler un système nerveux resté en alerte ou, au contraire, à se couper de ce que l'on ressent (voir la régulation émotionnelle et la dissociation). Dans le modèle IFS, on peut y reconnaître l'action d'une part « pompier », qui cherche à éteindre une douleur au plus vite.
La honte et la culpabilité
Quelle que soit l'addiction, la honte et la culpabilité y occupent une place importante. Elles poussent à cacher la consommation, à s'isoler et à repousser le moment d'en parler, alors que ce sont souvent elles qui entretiennent le besoin de se soulager. Les accueillir sans jugement est une étape essentielle de l'accompagnement.
La pornographie, une addiction particulière
L'addiction à la pornographie a la particularité d'être accessible à tous, gratuitement et partout, en quelques secondes. Elle commence souvent tôt, la première exposition ayant parfois lieu avant 10 ans. C'est ce qui en fait l'une des addictions les plus difficiles à défaire, d'autant que la honte et la culpabilité empêchent souvent d'oser en parler. En consultation, elle peut être abordée simplement, sans jugement.
Les étapes du changement
Les psychologues James Prochaska et Carlo DiClemente ont décrit le changement comme un cycle en plusieurs étapes : ne pas encore y penser, hésiter, se préparer, agir, puis maintenir le changement. Les retours en arrière ne sont pas des échecs : ils font partie du processus normal du changement. Mieux vaut les voir comme des sources d'apprentissage, pour comprendre ce qui nous a fragilisé à ce moment-là.
Notre cerveau aime les routines : il utilise de manière automatique des stratégies mises en place depuis longtemps. L'idée n'est donc pas seulement de supprimer un comportement, mais de lui proposer d'autres stratégies, qu'il pourra peu à peu adopter à leur tour.
Le circuit de la récompense
Le cerveau dispose d'un circuit de la récompense, qui libère notamment de la dopamine lorsque nous vivons quelque chose d'agréable. Les substances et certains comportements addictifs le stimulent fortement et rapidement : le cerveau apprend alors à les rechercher. Avec le temps, les plaisirs du quotidien peuvent sembler plus fades en comparaison.
Le changement passe aussi par le fait de nourrir ce circuit autrement : le mouvement et le sport, le lien avec les autres, la musique, la nature, la créativité, le sentiment d'avoir accompli quelque chose, les petits moments positifs remarqués au fil de la journée (voir l'exercice « Mes 5 moments positifs du jour »). Ces sources de satisfaction sont plus lentes, mais elles s'installent durablement.
L'entretien motivationnel
Développé par les psychologues William Miller et Stephen Rollnick, l'entretien motivationnel est une façon d'accompagner le changement sans le forcer. Il part d'un constat : il est normal d'être partagé, d'avoir à la fois des raisons de changer et des raisons de ne pas changer. Plutôt que de convaincre, il s'agit d'explorer cette ambivalence avec bienveillance, pour que la personne trouve ses propres raisons et son propre chemin. Elle reste experte de sa vie : c'est elle qui fixe l'objectif, qu'il s'agisse d'arrêter ou de réduire.
Deux outils
La balance décisionnelle
Sur une feuille, notez dans quatre cases : ce que la consommation vous apporte, ce qu'elle vous coûte, ce que le changement pourrait vous apporter, ce qu'il vous coûterait. Il n'y a pas de bonne réponse : cet exercice aide simplement à voir plus clair dans ce qui vous retient et ce qui vous motive.
L'affiche à remplir
Les quatre cases et deux questions pour aller plus loin, issues de l'entretien motivationnel.
Télécharger l'affiche (PDF)Surfer sur l'envie
Une envie de consommer fonctionne comme une vague : elle monte, atteint un sommet, puis redescend. Plutôt que d'y céder ou de lutter, on peut l'observer, la sentir dans le corps et se rappeler qu'elle va passer (voir surfer sur la vague). Retarder le comportement, même de quelques minutes, compte : plus on le retarde, moins il se produit.
Pour certaines substances, comme l'alcool ou certains médicaments, un arrêt brutal peut être dangereux : il se prépare avec un médecin.
Mon accompagnement
Je m'appuie sur l'entretien motivationnel pour avancer à votre rythme, sans jugement, vers l'objectif que vous choisissez. Nous travaillons aussi sur ce que la consommation vient apaiser : les émotions difficiles, le vécu traumatique, avec la LI-ICV, la Pleine Conscience Sensible au Trauma, la TCTSY et la théorie polyvagale. Lorsque c'est utile, l'accompagnement se fait en lien avec votre médecin ou une structure spécialisée en addictologie.
Depuis plus de dix ans, j'accompagne différentes addictions : alcool, tabac, médicaments, drogues, troubles du comportement alimentaire, pornographie… Mes formations et expériences en addictologie :
- Stage en unité mobile d'alcoologie, CHU Amiens-Picardie (2011) ;
- MOOC « Comprendre les addictions », Université Paris-Sud, FUN MOOC (2017) ;
- « Connaissances au service de la pratique en alcoologie-addictologie », AREAT (2024) ;
- « Outils de la communication et de la relation en alcoologie-addictologie », AREAT (2025) ;
- Participation, depuis 2023, au projet DOSAJ : un projet de prévention primaire de l'addiction à l'alcool auprès des jeunes de 15 à 25 ans, subventionné par l'ARS, en partenariat avec le CHU Amiens-Picardie.
Quand consulter
Lorsque la consommation ou le comportement prend une place qui vous inquiète, vous ou vos proches, ou lorsque vous avez essayé de réduire sans y parvenir. Des lignes d'écoute anonymes et gratuites existent : Alcool Info Service (0 980 980 930), Drogues Info Service (0 800 23 13 13), Joueurs Info Service (09 74 75 13 13), Tabac Info Service (39 89). En cas de détresse, appelez le 3114 (24 h/24) ou le 15.
Questions fréquentes
Faut-il forcément arrêter complètement ?
Pas toujours. L'objectif se choisit ensemble : arrêter, réduire, ou consommer de façon moins risquée. Pour certaines substances, l'arrêt doit être accompagné médicalement.
Puis-je consulter si je ne suis pas sûr de vouloir changer ?
Oui. L'hésitation est normale et fait partie du processus. L'entretien motivationnel est justement conçu pour l'explorer, sans pression.
J'ai honte d'en parler. Comment faire ?
La honte est très fréquente, quelle que soit l'addiction. Vous pouvez avancer à votre rythme et dire seulement ce qui vous semble possible : la consultation est un espace sans jugement.
Sources
- Goodman, A. (1990). Addiction: definition and implications. British Journal of Addiction, 85(11), 1403-1408.
- Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L'entretien motivationnel. Aider la personne à engager le changement (2e éd.). Paris : InterÉditions.
- Prochaska, J. O., & DiClemente, C. C. (1983). Stages and processes of self-change of smoking: Toward an integrative model of change. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 51(3), 390-395.
- Khantzian, E. J. (1997). The self-medication hypothesis of substance use disorders: A reconsideration and recent applications. Harvard Review of Psychiatry, 4(5), 231-244.
- Felitti, V. J., Anda, R. F., Nordenberg, D., et al. (1998). The Adverse Childhood Experiences (ACE) Study. American Journal of Preventive Medicine, 14(4), 245-258.
- Bowen, S., Chawla, N., & Marlatt, G. A. (2011). Mindfulness-Based Relapse Prevention for Addictive Behaviors. New York : Guilford Press.
Consultation : 1 h, 70 €, en visioconférence.
Réserver en ligne