L'emprise
Comprendre ce qui retient, pour retrouver sa liberté
L'emprise est une relation dans laquelle une personne prend peu à peu le contrôle sur une autre : sur ses pensées, ses émotions, ses choix, ses liens. Elle peut exister dans un couple, mais aussi dans une famille, une amitié ou au travail. Elle s'installe le plus souvent progressivement, ce qui la rend difficile à repérer de l'intérieur.
Comment l'emprise s'installe
- Une alternance de chaleur et de froideur : des moments de grande proximité, puis de distance, de critiques ou de silence, qui rendent la relation imprévisible.
- L'isolement : les liens avec les proches se distendent peu à peu.
- Le doute de soi : on finit par douter de sa perception, de sa mémoire, de sa valeur.
- La responsabilité inversée : on se sent responsable des humeurs et des réactions de l'autre.
Ces mécanismes peuvent aussi s'exercer sans aucune violence visible. On parle alors de contrôle coercitif : « coercitif » signifie qui contraint, qui oblige. Le contrôle coercitif désigne un ensemble de comportements qui, mis bout à bout, restreignent peu à peu la liberté de l'autre (ses relations, ses déplacements, son argent, ses choix), jusqu'à le priver de son autonomie.
Le lien traumatique
Les chercheurs Donald Dutton et Susan Painter ont décrit le « lien traumatique » : dans une relation où alternent de façon imprévisible les moments positifs et les moments douloureux, l'attachement peut paradoxalement se renforcer. Le système nerveux recherche le soulagement auprès de la personne même qui crée l'insécurité. C'est l'une des raisons pour lesquelles il est si difficile de partir, et pourquoi on ne doit jamais s'en juger.
« Pervers narcissique » : un terme à nuancer
L'expression « pervers narcissique » est très utilisée pour décrire une personne qui exerce une emprise. Elle vient des travaux du psychanalyste Paul-Claude Racamier, et a été popularisée par Marie-France Hirigoyen. Ce n'est pas un diagnostic : elle ne figure dans aucune classification médicale (ni la CIM-11, ni le DSM). Elle peut aider à mettre des mots sur ce que l'on vit, mais il est souvent plus utile de s'intéresser aux comportements et à leurs effets sur soi qu'à une étiquette.
Pourquoi l'emprise touche à notre histoire
Tout le monde peut se retrouver sous emprise. Notre histoire peut parfois rendre certains mécanismes plus familiers, notamment quand l'insécurité ou l'imprévisibilité faisaient partie de l'enfance (voir le trauma de l'enfance et les styles d'attachement). Ce n'est jamais une faute de la personne qui la subit.
S'en libérer
- Reprendre contact avec des proches de confiance, même brièvement.
- Noter les faits et ce que l'on ressent, pour retrouver confiance en sa propre perception.
- Se renseigner auprès de professionnels et d'associations spécialisées.
- Se donner du temps : quitter une relation d'emprise est un processus, souvent fait d'allers-retours.
Après la séparation, il est fréquent de ressentir un manque, de la confusion ou de la culpabilité : ce sont des effets connus de l'emprise, qui s'apaisent avec un accompagnement (voir aussi la dépendance affective).
Mon accompagnement
Je vous accompagne pour comprendre les mécanismes de la relation, retrouver confiance en votre perception et reconstruire votre sécurité intérieure. Le travail porte aussi sur ce que la relation a réactivé de votre histoire, avec la LI-ICV.
Quand demander de l'aide
Si vous vous sentez en danger, appelez le 17 (police) ou le 112. Le 3919 (Violences Femmes Info) est gratuit, anonyme et accessible 24 h/24. Pour un enfant ou un adolescent, ou si vous êtes inquiet·e pour un mineur, le 119 (Allô Enfance en Danger) est gratuit et accessible 24 h/24. En cas de détresse, le 3114 répond aussi 24 h/24.
Questions fréquentes
Comment savoir si je suis sous emprise ?
Quelques repères peuvent alerter : vous vous sentez souvent coupable, vous marchez « sur des œufs », vous doutez de vous comme jamais auparavant, vous vous êtes éloigné·e de vos proches. En parler à un professionnel aide à y voir plus clair.
Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à partir ?
Parce que l'emprise crée un lien fort, entretenu par l'alternance des moments positifs et douloureux (le lien traumatique), par l'isolement et par le doute. Ce n'est pas un manque de volonté.
Sources
- Dutton, D. G., & Painter, S. L. (1981). Traumatic bonding: The development of emotional attachments in battered women and other relationships of intermittent abuse. Victimology, 6(1-4), 139-155.
- Stark, E. (2007). Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life. New York : Oxford University Press.
- Hirigoyen, M.-F. (1998). Le harcèlement moral : la violence perverse au quotidien. Paris : Syros.
- Racamier, P.-C. (1992). Le génie des origines. Paris : Payot.
Consultation : 1 h, 70 €, en ligne.
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