Le trauma de l'enfance
Ce que l'enfant a vécu, l'adulte peut le comprendre et l'apaiser
Ce que nous vivons enfant façonne notre manière de nous sentir en sécurité, d'aimer, de réguler nos émotions et de nous voir nous-mêmes. Quand l'enfance a été marquée par des expériences difficiles, ou par un manque de sécurité et de réconfort, il en reste souvent des traces à l'âge adulte. Le comprendre permet de cesser de se juger et d'ouvrir un chemin pour s'en libérer.
Ce que recouvre le trauma de l'enfance
On pense souvent à un événement marquant. Mais le trauma de l'enfance prend aussi des formes plus discrètes, et souvent répétées :
- des événements difficiles, uniques ou répétés ;
- un climat d'insécurité : tensions, imprévisibilité, peur au quotidien ;
- la négligence émotionnelle : des besoins de réconfort, d'attention ou de reconnaissance restés sans réponse, même dans une famille où « rien de grave » ne s'est passé ;
- des séparations, des pertes, un parent indisponible (maladie, épuisement, deuil).
Ce qui compte n'est pas seulement ce qui s'est passé, mais aussi ce qui a manqué : un adulte sécurisant pour aider l'enfant à comprendre et à apaiser ce qu'il vivait (voir les traumas silencieux).
Ce que montre la recherche : l'étude ACE
Dans les années 1990, l'étude ACE (Adverse Childhood Experiences), menée par Vincent Felitti auprès de plus de 17 000 adultes, a montré que les expériences difficiles de l'enfance sont fréquentes, et qu'elles sont associées, à l'âge adulte, à davantage de difficultés de santé physique et psychique. Plus elles sont nombreuses, plus ce lien est marqué. Ce n'est pas une fatalité : c'est une raison de prendre ces vécus au sérieux.
Les traces à l'âge adulte
- Dans les relations : peur de l'abandon, dépendance affective, difficulté à faire confiance (voir les styles d'attachement).
- Dans les émotions : des émotions intenses et difficiles à apaiser, ou au contraire une difficulté à ressentir (voir la régulation émotionnelle).
- Dans le rapport à soi : estime de soi fragile, sentiment d'être « de trop » ou « pas assez », autocritique sévère.
- Dans le corps : hypervigilance, tensions, fatigue, sensation d'être souvent en alerte.
Quand ces expériences ont été répétées et ont duré, on parle parfois de trauma complexe.
« Blessures de l'enfance » : un terme à nuancer
L'expression « blessures de l'enfance » est très utilisée, notamment à travers des livres grand public qui décrivent un nombre précis de blessures associées à des types de personnalité. Ces modèles parlent à beaucoup de personnes, mais ils ne reposent pas sur des données scientifiques. La recherche s'appuie plutôt sur la théorie de l'attachement et sur les besoins affectifs fondamentaux décrits par Jeffrey Young.
Mes besoins fondamentaux
Les cinq besoins décrits par Jeffrey Young et des idées concrètes pour en prendre soin au quotidien.
Télécharger l'affiche (PDF)Ce qui se transmet entre les générations
Un parent qui porte lui-même un trauma non apaisé peut, sans le vouloir, avoir plus de difficultés à offrir de la sécurité à son enfant. C'est l'une des façons dont un trauma peut se transmettre d'une génération à l'autre : par les relations, les silences, le climat familial. Des recherches explorent aussi des mécanismes biologiques (l'épigénétique), mais elles sont encore en cours et doivent être lues avec prudence.
Ce qui se transmet peut aussi s'arrêter : prendre soin de son propre vécu est souvent un cadeau pour les générations suivantes.
Se reconstruire
On ne peut pas changer ce qui s'est passé, mais on peut changer la manière dont le passé vit en nous. Le cerveau reste plastique tout au long de la vie : on peut développer, à l'âge adulte, un attachement plus sécure (on parle de « sécure acquis »), apprendre à se réguler et à prendre soin de ses besoins (voir la résilience).
Mon accompagnement
Je vous accompagne à votre rythme, en commençant par construire un sentiment de sécurité. La LI-ICV est particulièrement adaptée : en parcourant une ligne du temps de votre vie, elle aide à relier les différents moments de votre histoire et à intégrer que le passé est passé, sans avoir à tout raconter en détail. Elle s'adapte aussi aux enfants et aux adolescents.
Questions fréquentes
Je ne me souviens pas bien de mon enfance. Est-ce un problème ?
Non. Beaucoup de personnes ont peu de souvenirs de leur enfance. Le travail ne demande pas de tout se rappeler : il part de ce qui est présent aujourd'hui, dans les émotions, le corps et les relations.
Mes parents ont fait de leur mieux. Puis-je quand même parler de trauma ?
Oui. Reconnaître ce qui vous a manqué ne revient pas à accuser vos parents. On peut à la fois comprendre leurs limites et prendre soin de ce que vous avez vécu.
Est-il trop tard pour se rétablir ?
Non. Le cerveau continue de se transformer tout au long de la vie, et il est possible de s'apaiser à tout âge.
Sources
- Felitti, V. J., Anda, R. F., Nordenberg, D., et al. (1998). Relationship of childhood abuse and household dysfunction to many of the leading causes of death in adults: The Adverse Childhood Experiences (ACE) Study. American Journal of Preventive Medicine, 14(4), 245-258.
- Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery. New York : Basic Books.
- Teicher, M. H., & Samson, J. A. (2016). Annual research review: Enduring neurobiological effects of childhood abuse and neglect. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 57(3), 241-266.
- Yehuda, R., & Lehrner, A. (2018). Intergenerational transmission of trauma effects: Putative role of epigenetic mechanisms. World Psychiatry, 17(3), 243-257.
- Young, J. E., Klosko, J. S., & Weishaar, M. E. (2003). Schema Therapy: A Practitioner's Guide. New York : Guilford Press.
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