Pornographie et comportements sexuels compulsifs

Quand la consommation devient difficile à contrôler


Regarder de la pornographie, même souvent, ne constitue pas à lui seul une addiction ni un trouble. Ce qui compte, c'est la perte de contrôle : l'impression que le comportement prend une place que l'on ne choisit plus, et ce qu'il entraîne dans la vie de la personne. Cette page propose quelques repères, sans jugement, pour comprendre ce qui se passe et savoir quand un accompagnement peut aider.

Quand la consommation devient difficile à contrôler

Certaines personnes ont le sentiment que leur consommation prend trop de place. On le repère surtout à quelques signes :

  • Le temps consacré au comportement, et la place qu'il occupe dans le quotidien.
  • Des tentatives répétées, et sans succès, de réduire ou d'arrêter.
  • La poursuite du comportement malgré des conséquences négatives, sur le sommeil, le travail, le couple ou l'estime de soi.
  • L'impression de perdre le contrôle, même avec une réelle volonté de changer.

La classification internationale de l'Organisation mondiale de la santé (CIM-11) décrit un trouble du comportement sexuel compulsif. Il se définit par la perte de contrôle, la souffrance et le retentissement sur la vie, et non par la fréquence ni par le contenu de ce que l'on regarde. Seul un professionnel peut évaluer ce qu'il en est pour vous.

Un premier contact souvent précoce, et pas toujours choisi

La première exposition à la pornographie a souvent lieu tôt, à l'adolescence ou même dans l'enfance. Elle n'est pas toujours choisie : une image tombée par hasard sur une chaîne de télévision tard le soir ou sur internet, une vidéo regardée avec des camarades « pour faire pareil »… Ce premier contact, vécu sans repères et sans personne à qui en parler, peut marquer. Ce n'est en rien la faute de l'enfant ou de l'adolescent qui l'a vécu.

Le circuit de la récompense et l'escalade

La pornographie active fortement le circuit de la récompense du cerveau, qui libère de la dopamine face à ce qui est nouveau et excitant. Avec la répétition, la même image produit moins d'effet : c'est le phénomène de tolérance. Chez certaines personnes, cela peut conduire à chercher des contenus de plus en plus intenses, parfois plus violents, pour retrouver le même effet. Cette escalade ne concerne pas tout le monde ; lorsqu'elle s'installe, elle peut créer un décalage douloureux avec ses propres valeurs et nourrir la honte. La comprendre comme un mécanisme, et non comme un défaut de la personne, aide déjà à en sortir (voir le circuit de la récompense sur la page Addictions).

Honte et culpabilité

Il est souvent difficile d'en parler : peur d'être jugé·e ou incompris·e, secret, culpabilité après la consommation, crainte de blesser son ou sa partenaire. La honte pousse à se cacher, et l'isolement entretient souvent le besoin de se soulager (voir honte et culpabilité).

Il est utile de distinguer deux sources de souffrance, qui peuvent coexister sans être équivalentes : celle qui vient d'une perte de contrôle, et celle qui vient d'un décalage entre le comportement et ses valeurs, ses convictions ou ses normes personnelles. Les recherches du psychologue Joshua Grubbs montrent que ce décalage peut, à lui seul, donner le sentiment d'une addiction. Les deux méritent d'être entendus, mais ils ne se travaillent pas de la même façon.

Pornographie, désir et sexualité

Certaines personnes se posent des questions sur leur sexualité : l'évolution de leurs attentes, leur rapport à l'excitation et au désir, leur satisfaction dans la sexualité partagée, la place de la pornographie dans leur vie intime. Ses effets varient beaucoup selon les personnes, les usages et les contextes : la pornographie ne dérègle pas systématiquement la sexualité. Ce qui compte, c'est ce que vous en vivez, et ce que vous souhaitez pour vous.

La place du ou de la partenaire

Pour le ou la partenaire, la découverte peut être un choc. Beaucoup décrivent le sentiment d'être insuffisant·e, l'impression de perdre de la valeur, de devoir faire plus ou être autrement, d'être mis·e en concurrence avec des images, d'être trahi·e et trompé·e. S'y ajoutent souvent la perte de confiance, l'inquiétude face au secret et l'incertitude sur la façon de réagir. Ce ressenti est légitime et important : il mérite d'être entendu pour lui-même, et pas seulement comme une conséquence du comportement de l'autre. Il ne s'agit pas pour autant de désigner un coupable. Le ou la partenaire peut avoir besoin de soutien pour comprendre ce qu'il ou elle vit, poser ses limites et préserver son propre équilibre, sans devenir le contrôleur du comportement de l'autre.

Ce que le comportement peut apporter

Comme d'autres comportements répétés, la consommation peut remplir une fonction : s'apaiser, faire baisser le stress ou une émotion difficile, combler l'ennui ou la solitude, éviter de ressentir certaines choses, ou chercher une stimulation. Ces fonctions ne sont ni les mêmes pour tout le monde, ni forcément liées à un traumatisme : elles se découvrent à partir de votre propre expérience, sans être présumées.

Lorsqu'il y a un lien avec d'autres difficultés, il peut être utile d'explorer, par exemple, la régulation des émotions ou l'anxiété (voir la régulation émotionnelle et l'anxiété). Et lorsque l'histoire de la personne comporte des expériences traumatiques, ce lien peut aussi être travaillé, s'il fait sens pour elle (voir le trauma complexe).

Que faire ? Des pistes concrètes

Changer son rapport à la pornographie se fait rarement d'un seul coup. Quelques repères peuvent aider à reprendre la main, pas à pas :

  • Faire le point sans se juger : noter, pendant quelques semaines, quand l'envie arrive, ce qui s'est passé juste avant, et ce que vous ressentez après.
  • Repérer les moments à risque : le soir, la solitude, la fatigue, le stress, l'ennui. Prévoir pour ces moments une alternative concrète, préparée à l'avance.
  • Mettre de la distance avec l'accès : le téléphone hors de la chambre la nuit, des filtres ou des bloqueurs, moins d'applications qui entraînent vers ces contenus. Ce sont des appuis, pas des punitions.
  • Prendre soin des besoins qui se cachent derrière l'envie : le repos, le lien avec les autres, le mouvement, l'apaisement (respirer par le nez en allongeant l'expiration, s'ancrer dans ses sens).
  • Traverser l'envie : une envie monte, atteint un pic, puis redescend en quelques minutes. L'observer comme une vague, sans y obéir ni la combattre, permet de constater qu'elle passe.
  • Accueillir les écarts sans honte : un écart n'efface pas le chemin parcouru. Il apporte une information sur ce qui était difficile à ce moment-là.
  • En parler : à une personne de confiance, à un professionnel. Le secret entretient la honte ; la parole, souvent, l'allège.

Pour le ou la partenaire, quelques repères aussi : prendre au sérieux ce que vous ressentez, vous rappeler que votre valeur ne se mesure pas à une comparaison, vous appuyer sur des personnes de confiance, poser vos propres limites, et ne pas porter seul·e la responsabilité du changement de l'autre.

Comment se faire accompagner

Un accompagnement psychologique peut aider à :

  • comprendre le cycle du comportement et les circonstances dans lesquelles il se répète ;
  • repérer ses déclencheurs et ce qui suit (voir les déclencheurs émotionnels) ;
  • développer d'autres façons de s'apaiser et de réguler ses émotions ;
  • travailler la honte et la culpabilité ;
  • retrouver une marge de choix dans ses comportements ;
  • clarifier ses besoins, ses limites et ses objectifs ;
  • prendre en compte les répercussions sur le couple, si cela fait partie de la demande.

L'objectif n'est pas forcément l'arrêt complet : il se construit avec vous, selon vos difficultés, vos valeurs et ce que vous souhaitez. Un accompagnement du ou de la partenaire peut aussi être utile, selon la situation.

Mon accompagnement

J'accompagne aussi bien les personnes qui souhaitent changer leur rapport à la pornographie que leurs partenaires. Pour le ou la partenaire, l'un des axes du travail est de retrouver le sentiment de sa propre valeur, mis à mal par la comparaison et la trahison. Je vous accueille sans jugement, à votre rythme, pour comprendre ce que vous vivez et ce qui l'entretient. Je m'appuie sur l'entretien motivationnel pour explorer l'ambivalence face au changement, et, lorsque c'est pertinent, sur les approches de régulation émotionnelle et de travail sur le trauma (voir les addictions).

Questions fréquentes

  • Regarder souvent de la pornographie, est-ce une addiction ?

    Pas forcément. La fréquence ne suffit pas : ce qui compte, c'est la perte de contrôle, la souffrance et le retentissement sur votre vie.

  • Faut-il arrêter complètement ?

    Pas nécessairement. L'objectif se choisit ensemble : réduire, retrouver une marge de choix, ou arrêter, selon ce qui compte pour vous.

  • Mon ou ma partenaire peut-il ou elle consulter aussi ?

    Oui. Le ou la partenaire peut avoir besoin d'un espace à soi pour comprendre ce qu'il ou elle vit, mettre des mots sur la trahison ou le sentiment d'insuffisance, et poser ses limites. J'accompagne aussi les partenaires.

Sources

  • Kraus, S. W., Krueger, R. B., Briken, P., First, M. B., Stein, D. J., Kaplan, M. S., Voon, V., Abdo, C. H. N., Grant, J. E., Atalla, E., & Reed, G. M. (2018). Compulsive sexual behaviour disorder in the ICD-11. World Psychiatry, 17(1), 109-110.
  • Grubbs, J. B., Perry, S. L., Wilt, J. A., & Reid, R. C. (2019). Pornography problems due to moral incongruence: An integrative model with a systematic review and meta-analysis. Archives of Sexual Behavior, 48(2), 397-415.
  • Kühn, S., & Gallinat, J. (2014). Brain structure and functional connectivity associated with pornography consumption: The brain on porn. JAMA Psychiatry, 71(7), 827-834. (associations observées, sans lien de cause établi)
  • Bowen, S., Chawla, N., & Marlatt, G. A. (2011). Mindfulness-Based Relapse Prevention for Addictive Behaviors. New York : Guilford Press. (traverser l'envie, « urge surfing » ; déjà dans les sources de la page Addictions)
  • Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). L'entretien motivationnel. Aider la personne à engager le changement (2e éd.). Paris : InterÉditions.

Consultation : 1 h, 70 €, en ligne.

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